Guide publié le 21 octobre 2026
Vous avez payé la séance, mais pouvez-vous utiliser les photos partout, pour toujours, et les donner à vos revendeurs ? Voici ce que dit la loi française, ce qu’il faut écrire noir sur blanc et les pièges à éviter quand on lance une marque.
Payer une séance ne veut pas dire posséder les photos
C’est la surprise la plus fréquente chez les jeunes marques : la facture de la séance est réglée, les fichiers sont livrés, et pourtant les photos ne vous « appartiennent » pas au sens où vous l’entendez. En droit français, le photographe est l’auteur de ses images dès lors qu’elles portent l’empreinte de ses choix (lumière, cadrage, angle, mise en scène). Le Code de la propriété intellectuelle précise même que le fait de commander et de payer une œuvre ne fait pas passer les droits au client (article L111-1).
Ce que vous achetez, en pratique, c’est un droit d’utilisation : le droit de reproduire et de diffuser les images pour des usages définis. Rien d’inquiétant : c’est le fonctionnement normal de la photographie professionnelle. Mais ces usages doivent être écrits clairement, faute de quoi vous risquez de découvrir qu’une campagne d’affichage, un salon ou un revendeur n’étaient pas prévus.
Cette page est un guide pratique, pas un avis juridique. Pour un cas particulier (licence internationale, litige, gros contrat de distribution), un avocat en propriété intellectuelle reste le bon interlocuteur.
Ce que la loi demande d’écrire
L’article L131-3 du Code de la propriété intellectuelle impose que chaque droit cédé fasse l’objet d’une mention distincte et que le domaine d’exploitation soit délimité. Concrètement, une cession de droits sérieuse répond à quatre questions :
- Quoi : reproduction (copier l’image sur un support) et représentation (la montrer au public).
- Pour quels usages : site internet, places de marché, réseaux sociaux, publicité payante, catalogue, emballage, salon, presse…
- Où : France, Europe ou monde. Pour la vente en ligne, le monde entier est souvent la seule option réaliste.
- Combien de temps : une durée fixe (un, trois, cinq ans) ou toute la durée de protection prévue par la loi.
Ce qui n’est pas écrit est interprété en faveur de l’auteur. Une mention vague comme « droits cédés pour tous usages » est fragile : mieux vaut une liste précise, quitte à ce qu’elle soit longue.
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Les usages à prévoir, un par un
| Usage | Exemples | À préciser |
|---|---|---|
| Boutique en ligne | Fiches produit, pages de collection, bannières | Votre site et les sites de votre marque |
| Places de marché | Amazon, Etsy, Zalando, Cdiscount… | Les plateformes concernées, ou « toutes places de marché » |
| Réseaux sociaux | Publications, stories, profils | Organique seulement, ou aussi la publicité sponsorisée |
| Publicité | Annonces en ligne, affichage, vidéo | Les supports et la durée de campagne |
| Imprimés | Catalogue, flyers, PLV, kakémonos de salon | Les supports et éventuellement les quantités |
| Emballage | Photo imprimée sur la boîte ou l’étiquette | Usage à part : à mentionner explicitement |
| Revendeurs | Images fournies aux boutiques et distributeurs | Le droit de transmettre les images à des tiers |
| Presse et relations publiques | Dossier de presse, articles | Mention du crédit photo ou non |
Pour une jeune marque, le plus simple est souvent de lister dès le départ tous les usages raisonnablement prévisibles sur les deux ou trois prochaines années, plutôt que d’en ajouter un à chaque nouvelle idée.
Les revendeurs et distributeurs : le point le plus oublié
Dès qu’une boutique, un grand magasin ou un distributeur référence vos produits, il vous demande des visuels. Juridiquement, transmettre vos photos à un tiers pour qu’il les publie sur son site est un usage différent du vôtre. Si votre cession ne prévoit pas ce droit de transmission, le revendeur n’est pas couvert.
La solution est simple : prévoir dans la cession que les images peuvent être fournies à vos revendeurs et distributeurs, pour la présentation et la vente de vos produits uniquement. C’est une clause courante, qui évite des échanges compliqués au moment où vous signez un nouveau point de vente.
Exclusivité, durée, territoire : comment choisir
L’exclusivité signifie que le photographe s’engage à ne pas céder les mêmes images à quelqu’un d’autre. Pour des photos de vos propres produits, la question se pose peu : personne d’autre n’en a l’usage. Elle devient importante pour une mise en scène très reconnaissable, un décor créé pour vous, ou des images qui pourraient servir à un concurrent vendant le même article.
La durée se choisit selon la vie du produit. Une collection de saison peut se contenter de quelques années ; une référence permanente ou un emballage imprimé justifie souvent une durée longue.
Le territoire doit suivre vos ventes. Une boutique en ligne est visible partout : si vous livrez à l’étranger ou si vous visez des places de marché européennes, un territoire limité à la France n’a pas beaucoup de sens.
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Recadrer, détourer, retoucher : avez-vous le droit ?
L’auteur garde des droits moraux qui ne se vendent pas : le droit d’être reconnu comme auteur et le droit au respect de son œuvre. En photo produit, cela ne bloque presque jamais rien, à condition de l’avoir prévu. Recadrer une image pour un format carré, la détourer, changer la couleur du fond, l’intégrer dans une bannière avec du texte : ce sont des adaptations normales, qu’il suffit de mentionner dans la cession.
Même chose pour le crédit photo. Sur une fiche produit, on ne mentionne pas le nom du photographe ; dans un dossier de presse ou un livre, c’est plus courant. Le plus simple est de convenir ensemble, à l’écrit, des cas où un crédit est attendu.
Mannequins, mains et visages : un deuxième accord
Dès qu’une personne est reconnaissable sur l’image, son droit à l’image s’ajoute aux droits du photographe (article 9 du Code civil). Il faut alors une autorisation écrite du modèle, qui précise elle aussi les usages, les supports, le territoire et la durée. Une photo de main tenant un flacon, sans visage ni signe distinctif, pose en général moins de questions, mais l’autorisation reste une bonne habitude.
Si le modèle est fourni par une agence de mannequins, ses conditions d’utilisation sont souvent plus strictes que celles du photographe : vérifiez-les avant de planifier une campagne.
Logos, designs et marques d’autres sociétés
Vos produits vous appartiennent, mais pas forcément tout ce qui apparaît autour. Un accessoire d’une autre marque bien visible, une œuvre d’art en décor, un mobilier de designer reconnaissable peuvent poser problème dans une publicité. Pour une mise en scène, privilégiez des accessoires neutres, ou demandez-vous si l’objet ajouté pourrait être lu comme un partenariat.
Intelligence artificielle : une clause nouvelle
Depuis l’arrivée des outils d’IA générative, une question nouvelle se pose : pouvez-vous utiliser les photos pour générer des variantes, des décors, ou pour entraîner un outil ? Et à l’inverse, le photographe peut-il réutiliser vos images dans ce cadre ? Ces usages ne sont pas couverts par une cession classique. S’ils vous intéressent, écrivez-le ; s’ils vous inquiètent, écrivez qu’ils sont exclus. Sur ce sujet, voir aussi l’article packshot ou image IA.
La liste à vérifier avant de signer
- Les usages sont listés un par un, y compris la publicité payante et l’emballage si besoin.
- Le territoire correspond à l’endroit où vous vendez.
- La durée correspond à la vie du produit.
- Le droit de transmettre les images à vos revendeurs est prévu.
- Les adaptations (recadrage, détourage, texte ajouté) sont autorisées.
- La question du crédit photo est réglée.
- Les modèles éventuels ont signé leur propre autorisation.
- Les usages liés à l’IA sont autorisés ou exclus, mais pas oubliés.
Chez nous, ces questions se posent dès le premier rendez-vous : vous dites où les photos seront utilisées, et le devis personnalisé reprend ces usages. Les fichiers sont livrés dans les formats dont vous avez besoin (JPEG, JPG, PNG, TIFF, PSD, WebP). Pour voir des exemples de séries, consultez le portfolio ou les pages packshot produit et photo produit e-commerce.
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